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Interview d'Eric Loizeau : le sommeil, secret de sa réussite !

82301c558ee27cf6289ed7e3a5f4787d.jpgBonjour Eric !

Je suis ravi que tu aies accepté de témoigner sur notre blog du sommeil.

On ne te présente plus, toi qui as affronté la mer et la montagne, véritable aventurier de l’extrême : équipier d'Eric Tabarly, vainqueur de deux étapes de la Whitbread 1977-1978, de trois transats, recordman de l'Atlantique en solitaire (1982), champion du monde des multicoques (1986), tu diriges aujourd'hui une entreprise spécialisée dans l'organisation de séminaires et la création d'événements liés aux sports nature aventure, ELO (Eric Loizeau Organisations). Eric partage son temps entre les Hautes-Alpes et Paris, lorsqu'il n'est pas en repérage, en raid ou en expédition dans une contrée lointaine. Il a participé à l'expédition Everest 50, où il a gravi avec succès le toit du monde.

J’invite d’ailleurs tous les lecteurs à se procurer ton dernier livre « Du Cap Horn à l’Everest » relatant tes aventures :
 
Quel dormeur peux-tu bien être, toi l’aventurier toujours assoiffé de découvertes et de vie ? As-tu toujours été un petit dormeur ou aimes-tu dormir (quand tu le peux) ?
Eric : Petit dormeur en quantité, mais grand en qualité ! Je dors toujours bien, n’ai jamais d’insomnie ni de difficultés à m’endormir et me réveille toujours reposé.


Pour toi dormir, c’est une activité essentielle, un manque, ou au contraire une corvée dont tu te déchargerais bien volontiers ?
Eric : Dormir est avant tout une nécessité. C’est toutefois un véritable plaisir de s’endormir, surtout quand on est bien fatigué.


Comment as-tu apprivoisé ton sommeil (lors de tes premières traversées en bateau) ?
Eric : Le problème du sommeil en bateau se pose quand on navigue en solitaire… Pour ma 1ère traversée de l’Atlantique en solitaire en 1981 (où j’ai battu le record de la traversée), je me suis entraîné avec un médecin du sommeil : les quelques règles d’or que j’ai suivi à la lettre :
1)    Ne jamais tomber en dette de sommeil
2)    Dormir un minimum de 6 heures toutes les 24h
3)    Ne dormir que le jour : en effet, la nuit, c’est plus dangereux de dormir (le bateau n’est pas visible la nuit et il faut plus de concentration pour faire avancer un bateau la nuit).
4)    Eviter les états intermédiaires (semi-réveillé) : être soit actif et réveillé, soit dormir.
5)    Ne pas hésiter à gérer son sommeil : dormir même très peu de temps (je me suis entraîné à faire des micro-sommeils) à tout moment de la journée pour récupérer et ne pas tomber en dette de sommeil.


En combien de temps t’endors-tu ? As-tu des trucs pour réussir à dormir dans des conditions extrêmes ?
Eric : Ma force, c’est que j’arrive à m’endormir n’importe où, dans n’importe quelles conditions en très peu de temps. Mon entourage est souvent sidéré de la façon dont je m’endors : je m’assois et je m’endors.

Combien de temps peux-tu résister sans dormir ? Comment fais-tu pour résister au sommeil ?
Eric : 36 heures actives.
Pour résister au sommeil, il faut aussi savoir gérer les « excitants » : café, coca-cola (pour le sucre et la caféine). Attention toutefois à l’accoutumance aux excitants : pendant les 3 mois qui précèdent la course, j’arrête totalement la caféine. Comme cela, une fois en course, sur le bateau, quand je prends un café, j’en ressens tout de suite les effets.
Mais attention, une fois en dette de sommeil, c’est quasiment impossible de résister à l’envie de dormir, surtout quand la tension chute : lors de ma première traversée de l’Atlantique, je me suis endormi, une fois arrivé dans le Golfe de Gascogne : à mon réveil, j’étais entouré de bateaux !


Se réveiller est vital dans des aventures extrêmes. Comment fais-tu pour te réveiller ?
Eric : L’alarme ! Pas celle de ma montre (je ne l’entends jamais), mais une vraie alarme de bateau. Sinon, si je ne suis pas en dette de sommeil, cela m’arrive souvent de me réveiller quelques minutes avant l’alarme.


Quelques minutes après ton réveil, tu es déjà d’attaque ou tu marches un peu au ralenti ?
Eric : En mer, il faut être 100% opérationnel dès le réveil (pouvoir vérifier son cap, virer de bord rapidement, rafraîchir les données type vitesse et position…). Aussi, je me suis entraîné à la maison, avant les courses, à me réveiller… A l’aide d’un réveil sonnant à des heures aléatoires, jusqu’à 6 fois par nuit,  je devais sortir du lit, traverser l’appartement de 150 m² avec un long couloir, aller dans le séjour, et mettre en marche le magnétoscope : quand l’image de la télé s’allumait, je partais me recoucher.
Ma première femme n’appréciait guère, cela m’a d’ailleurs valu un divorce…


Dans quelle position dors-tu ? Tu es plutôt remuant, ronflant, parlant ?
Eric : Je ronfle (enfin, il paraît). Je ne bouge pas et je n’ai pas de position favorite, je m’adapte. Dans un bateau, la meilleure position est la position fœtale (on est bien calé quand le bateau tangue).


C’est quoi le petit déjeuner des aventuriers de l’extrême ?
Eric : Rien de spécial, à part un café le matin.


Est-ce que tu te souviens de tes rêves ? Des thèmes récurrents (l’eau) ?
Eric : Non. Je n’ai ni thème récurrent, ni rêve qui revienne régulièrement.


Quel est ton pire cauchemar ?
Eric : Je n’en sais rien, je n’en ai aucun souvenir.


As-tu un livre que tu laisses volontiers sur la table de chevet (quand tu en as une ;), ou celui qui s’y trouve en ce moment ?

Eric : Inutile de préciser que je n’ai pas besoin de livre pour m’endormir. Mais, quand je le peux, j’aime bien lire au lit : en ce moment, le lis la trilogie de Stieg Larsson (décédé d’une crise cardiaque juste après avoir remis à son éditeur le dernier roman) : ‘Les Hommes qui n’aimaient pas les femmes’, ‘La Fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette’, ‘La Reine dans le palais des courants d’air’. Trois titres assez étranges pour attirer l’œil, qui cachent trois romans remarquables.


Le lit de tes rêves, il ressemble à quoi ?
Eric : Un lit dur (en fait, comme le sol à la montagne).


Le pire endroit où tu aies pu dormir c’était… ?
Eric : Dans une grotte aux Philippines, qui bordait une chute de 30 mètres. Le sol calcaire était plein de cailloux et d’irrégularités, les chauves-souris nous aspergeaient de fientes, l’odeur était limite insoutenable. Bon, j’ai quand même dormi un peu.


Quelles sont les nouveaux territoires d’aventure les plus fous que tu adorerais explorer ?
Eric : Après la mer et la montagne, j’aimerais bien traverser le désert à pied, avec les Touaregs du Ténéré.


Merci Eric. Merci de ton témoignage, qui apporte une nouvelle preuve que pour réussir dans toute aventure, il est essentiel de bien gérer son sommeil et de bien dormir. Tu l’as dit toi-même, c’est la base du succès.
Bon vent et bons sommeils.

Et vous ? Vous souhaitez poser des questions à Eric sur la gestion de son sommeil pendant ses traversées en solitaire ? N'hésitez pas à laisser un commentaire.

 

Commentaires

  • Salut Eric,

    D'abord bravo pour tous les exploits, le seul que nous ayons en commun etant la lecture des trois Larson!!! :-)
    Petites questions:
    1- Ca dure combien de temps un micro sommeil pour toi? Y a-t-il une duree minimum de sommeil pour que tu en ressentes les effets reparateurs? Une duree maximum au dela de laquelle c'est contre productif pour ta concentration au reveil?
    2- Tu dis t'etre entraine a dormir de facon irreguliere et a t'endormir n'importe ou: combien de temps cela a-t-il pris pour etre efficace? et consideres-tu que tu avais des predispositions?
    3- en temps normal, si ca existe, combien de temps dors-tu et a quelle heure te couches-tu le soir et reveilles-tu le matin?

    Merci de tes reponses et bon vent!

  • "C’est quoi le petit déjeuner des aventuriers de l’extrême ?
    Eric : Rien de spécial, à part un café le matin."

    Vrai de vrai!

  • "C’est quoi le petit déjeuner des aventuriers de l’extrême ?
    Eric : Rien de spécial, à part un café le matin."

    Vrai de vrai!

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